Planet Arrakis

Jeux de rôle, jeux de plateau, prenez ce qui vous plait…

Mon histoire avec le Jeu de Rôles, par Gilles W.

 

Début de notre grand sondage Jeu de Rôle ; premier de cordée, Gilles W !

Heraklios, un des premiers wargames publié par Jeux & Stratégie en 1982

Comment avez-vous découvert le jeu de rôle ? Qui vous a initié ? Vous aviez quel âge ? Quel était le nom de votre premier personnage  et sa classe de personnage ? À quoi avez-vous joué ? Aviez-vous les règles ? Où  vous les étiez-vous procurées ?
C’est le sieur Philippe B.qui nous a initiés à D&D début 1982. Je ne me souviens plus bien de mon premier perso, qui a rapidement été supplanté par un guerrier sur la campagne d’Andunië, sur laquelle nous avons joué pas mal d’années. Si ma mémoire est bonne, on avait  trouvé les dés et les règles dans une petite boutique depuis  longtemps disparue, près du Palais Royal, avant de fréquenter l’Oeuf Cube.

Le jeu régulier : quand avez-vous commencé à jouer  régulièrement ? Immédiatement après cette partie, ou plus tard ? Pourquoi ? Qui était votre maître du jeu ? À quoi jouiez-vous ? comment s’appelait cette campagne ? quel était le nom de votre  personnage et sa classe de personnage ?
C’était le début d’une carrière quasi ininterrompue … Mon guerrier était Fainder (hé hé), héritier de la tribu des Umri…

Quand êtes-vous devenu Maître de jeu ? Pourquoi ? (ou pourquoi pas ?) Et de quels matériels disposiez-vous  à l’époque ? Livre de jeux ? figurines ? autres ? comment s’appelait  cette campagne ? Qui l’avait écrit, vous, ou un scénario du commerce ? Combien de temps a-t-elle duré ?
Assez rapidement sur des parties courtes, puis à partir de 1984  (école d’ingénieur), en tant que DM sur une campagne AD&D de mon cru, puis sur une campagne Space Opera (quelques essais sur Traveller, mais peu concluants). Pas de figurines, par contre, des cartes, surtout pour Space Op qui nécessitait un monceau de documentation.

Arrêt/Reprise : quand avez-vous arrêté ? Quand avez-vous  repris ? Et pourquoi ?
Pas vraiment d’arrêt !

Personnage favori : Quel est le nom de votre personnage favori et que fait-il dans la vie ?
Ah là là, quelle question ! Sans fayoter, je pense que mon nautonier actuel (Conrad Tannenberg, sur La Campagne Impériale) est le plus abouti. Sinon, j’adorais autrefois jouer un mago un peu cynique du nom d’Efsez.

Personnage décédé : Avez-vous perdu un personnage ? Quel était  le nom de ce personnage et que faisait-il dans la vie ? comment  est-il décédé ?
Un certain nombre, de profils divers, notamment avec un certain DM  dont je tairai le nom par charité.

Avant de jouer au jeu de rôle, lisiez-vous de la  science-fiction ? Du fantastique ? Ou avez-vous lu ces livres après ? Jouiez-vous aux jeux de plateau ? aux wargames ? A diplomatie ?
Oui, beaucoup de romans SF et de fantastique dès 12-13 ans, mais très peu de BD. Wargames à partir de 1984 : Squad leader, wargames Jeux & Stratégie années 80, genre Heraklios, et quelques autres dont j’ai oublié les noms.  Jeux de plateau plus occasionnellement, faute de partenaires : Vallée des Mammouths, Zargos, Civilisation, War of the  Ring, Amirauté, Full Métal Planète…

Enfin, pour finir, quel est votre plus beau souvenir de jeu de rôle ?
Un Cthulhu hyper flippant dans les années 80 :passagers clandestins dans l’obscurité et le froid de la cale d’un cargo ! Impossible de savoir où se trouvaient les monstres … (catégorie ambiance) Sinon : un double 20 dans une situation désespérée face à un shadow-dragon (catégorie coup de bol).

Questionnaire rôliste

 

La lecture de Playing at the World, la somme de Jon Peterson sur la naissance de Donjon& Dragons et donc de notre passion, m’a lancé dans une idée folle : faire le point, nous aussi, de nos origines rôlistes ; comment mieux fêter nos quarante ans de jeu de rôle ? J’ai beau connaitre mes joueurs et mes MJ, je découvre des nouvelles choses à chaque fois… Voici donc le questionnaire que je leur ais soumis (et que je publierais, un par un… mais vous pouvez répondre aussi !

 

  1. Comment avez-vous découvert le jeu de rôle ? Qui vous a initié ? Vous aviez quel âge ? Quel était le nom de votre premier personnage et sa classe de personnage ? À quoi avez-vous joué ? Aviez-vous les règles ? Où vous les étiez-vous procurées ?

 

  1. Le jeu régulier : quand avez-vous commencé à jouer régulièrement ? Immédiatement après cette partie, ou plus tard ? Pourquoi ? Qui était votre maître du jeu ? À quoi jouiez-vous ? comment s’appelait cette campagne ? quel était le nom de votre personnage et sa classe de personnage ?

 

  1. Maître de jeu : quand êtes-vous devenu Maître de Jeu ? Pourquoi ? (Ou pourquoi pas ?) Et de quels matériels disposiez-vous à l’époque ? Livre de jeux ? figurines ? autres ? Comment s’appelait cette campagne ? Qui l’avait écrit, vous, ou un scénario du commerce ? Combien de temps a-t-elle duré ?

 

  1. Arrêt/Reprise : quand avez-vous arrêté ? Quand avez-vous repris ? Et pourquoi ?

 

  1. Personnage favori : Quel est le nom de votre personnage favori et que fait-il dans la vie ?

 

  1. Personnage décédé : Avez-vous perdu un personnage ? Quel était le nom de ce personnage et que faisait-il dans la vie ? comment est-il décédé ?

 

  1. Avant de jouer au jeu de rôle, lisiez-vous de la science-fiction ? Du fantastique ? Ou avez-vous lu ces livres après ? Jouiez-vous aux jeux de plateau ? aux wargames ? A diplomatie ?

 

  1. Enfin, pour finir, quel est votre plus beau souvenir de jeu de rôle ?

Bilan 2019

 

Bon, c’est la fin de l’année, l’heure des bilans, et 2019 est une année fastueuse pour le jeu de rôles, visiblement pour tout le monde, et secrètement, pour moi : 45 parties, malgré la mise à l’arrêt forcé de notre grande campagne impériale Warhammer. Mais peut-être l’occasion de découvrir d’autres choses, dont le génial Monster of the Week, une nouvelle façon de jouer au jeu de rôles, à la fois moderne, narrativiste, mais aussi très accessible… Pas moins de 7 parties (2 scénarios masterisés, et 2 joués). On a aussi rempli une promesse vieille de trente ans ; rejouer à Paranoïa ! On en reparlera prochainement dans ces pages. J’ai aussi enfin joué à In Nomine Satanis, et à Chroniques Oubliées Western

François Fillon, ancien Premier Ministre de la France, et mon personnage à INS

 

Pour le reste, business as usual : Cirande, la fin de La Nuit des Chasseurs et le début d’une nouvelle saison, une vraie campagne Cthulhu (comprenez, à Arkham, en 1925), la suite des aventures d’Ike Esenhower, agent du FBI/Delta Green paumés dans les intrigues des Tchos-tchos, un nouveau Grandeur Nature, Un Troll dans la Glace, au fin fond de la Belgique transformée en montagnes neigeuses de Norvège par les talentueux membres du Masque et la Tour…

Avec qui on a par ailleurs découvert autre chose cette année, le jeu via Roll 20, qui permet peut-être d’expliquer ce record de 45 parties, car une bonne part d’entre elles s’est jouée derrière son ordinateur, le bol de lait dans la main droite et les Oreos dans la main gauche…

 

One Oreo to bring them all,
and in the 
the milk bind them !

Côté jeu de plateau, c’est plus maigre, car tiraillé entre les désirs de mes camarades de jeu (essayer-cette-nouvelle-bombe-achetée-à-Essen : Concordia, Flamme Rouge, Handful of Stars…) et les miens (rejouer-aux-jeux-que-j’aime-et-qui-ne-me-semblent-pas-dépassés-par-les-nouveautés (Quo Vadis, Zombie La Blonde la Brute et le truand, Serenissima, A Few Acres of Snow, Age Of Steam, Winners’ Circle, Skull & Roses…)

Karl-Franz sur son fidèle destrier

La vraie nouveauté, c’est d’avoir enfin été initié à Warhammer, par l’ami Belphegues, qui est donc mon initiateur n° 1 (Vampire, INS, Warhammer, WH40K et… le GN !)

Dernier point, j’ai eu l’honneur de faire l’invité chez Radio Rôliste, podcast indispensable à qui se dit Rôliste, et de jouer le vieux con de service racontant les débuts du JDR en France, commentant ce qui a été ma grande lecture de l’année, tous livres confondus et j’en ai lu beaucoup : Playing at the World sur les débuts du jeu de rôles aux USA. C’est ici !

Nul doute que tout ça devrait continuer cette nouvelle année. Bonnes fêtes à tous  !!

Jimmy Fortunately, un Personnage pour Chroniques Oubliées Western « West Legends »

 

« Alors comme ça on voudrait connaître la vie du vieux Jimmy ?
Qu’est-ce que tu crois, fils de pute ? Que je vais tout te raconter ? C’est pas un blanc-bec comme toi, un putain de pied-tendre yankee qui va me tirer les vers du nez. J’ai survécu à Manassas, j’ai survécu à Antietam, j’ai survécu à Fredericksburg, à Chancellorsville, à Brandy Station… Et j’ai déserté après Gettysburg… Alors c’est pas ton étoile de shérif qui m’impressionne. Et là, tu vois, c’est une pipe en écume de mer que j’ai reçu des mains même du Vieux Jeb en 61, et elle aussi, elle a survécu à toutes les batailles ; alors avant que je casse ma pipe… Quand t’as passé trois ans au 1st Virginia Cavalry sous les ordres de JEB Stewart, t’es tanné comme du cuir, pour sûr !
J.E.B Stuart 1833 -1864
Alors c’est vrai, on nous a toujours pas pardonné d’être arrivés en retard à Gettysburg, mais le reste du boulot on l’a fait ! Trois ans à chasser ces putain de yankees, à les harceler, à leur bouffer le cul sur leurs lignes… Trois ans sur un cheval, à se cacher dans les fourrés, à leur larder la couenne à coups de sabre, ou les abattre comme des chiens à plus de 200 yards. On dit que je suis vicieux, un tueur-né. Peut-être. Mais les gars qu’étaient pas vicieux, ils sont plus là, tu sais…
Nathan Bedford Forrest1821 –
Après la guerre ? J’ai traîné un peu avec l’autre cinglé de Nathan Bedford Forrest, mais brûler des négros, c’était pas mon truc. J’ai vu assez de saloperie ; il était temps de gagner un peu d’argent avec. Ce fumier de Sherman avait brûlé l’épicerie paternelle à Bentonville… A part mon cheval, j’avais plus un sou en poche. Je suis parti vers l’ouest… Je sais tirer et monter à cheval, ça peut servir, non ? »
Bataille de Bentonville, 20 mars 1865

On a gagné !

 

40 ans après la création du jeu de rôle, et un premier succès initial (les 80s) suivi d’années de disette, le jeu de rôle revient à la mode… Les années noires, dues aux scandales injustement attribuées à notre passion (Témoin N°1, Mireille Dumas), à la déferlante Magic ! qui détruisit éditeurs et joueurs, et au jeu vidéo qui vampirisa univers et règles semblent maintenant derrière nous.

Car depuis, le jeu vidéo s’est essoufflé, le jeu de plateau a explosé (1000 nouveaux jeux seront lancés en 2019) et a emmené dans ses soutes Papy JDR. Qui a su rajeunir en se simplifiant (1 volume A5 de 150 pages avec règles, univers, et campagnes remplaçant avantageusement les 1000 pages du Players’ Handbook, Dungeon Master’s Guide, Monster Manual, World of Greyhawk …) mais aussi en trouvant un business model à base de quinquas friqués prêts à Kickstarter

A côté de cela la SF et la Fantasy sont devenues Culte : les geeks coincés fans de Star Wars, Marvel et Strange, et du Seigneur des Anneaux, ont cinquante ans aujourd’hui et sont aux commandes…

La consécration a un signe très fort : on en parle dans Le Point. Oui, le journal de votre père et de votre grand père… c’est là : https://amp.lepoint.fr/2333246

3 bonnes questions à se poser avant de créer son Personnage

 

CREER SON PERSO

En écoutant un vieux podcast jeu de rôle consacré à la création de personnages (Les Voix d’Altaride ou Radio Rôliste, je ne sais plus), j’ai découvert ce petit conseil très simple :

Quand vous créer un personnage posez-vous les questions suivantes :

  1. Ce personnage va-t-il vous plaire ?
  2. Va-t-il plaire votre Maître de Jeu ?
  3. Va-t-il plaire aux autres joueurs ?

Ça a l’air basique, mais ça ne l’est pas tant que ça.

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4D6, tu gardes les 3 meilleurs… Euh,  je te conseille un gnome, mage illusionniste…

 

1. Va-t-il vous plaire ?
Ça c’est souvent le plus simple, il est rare que l’on joue un personnage qu’on n’a pas voulu, à part si on joue encore en 1982. Pour autant, si on creuse la question, ça devient intéressant. Est-ce que je peux vraiment jouer cette jolie psychologue célibataire / joueuse de poker / spécialiste de Cthulhu ?  Est-ce que ce n’est pas un peu ridicule ? Est-ce que je n’ai pas poussé le bouchon un peu loin ? Si on se pose la question, on y répond.

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Une jolie psychologue célibataire joueuse de poker et spécialiste de Cthulhu

2. Est-ce qu’il va plaire au MJ ?
Comme il est dit dans les jeux Propulsés par l’Apocalypse, le Maître du Jeu doit être fan des Personnages des joueurs. Pas des joueurs, mais de leurs persos. C’est un conseil très important en effet. Si votre personnage plait au Maître de Jeu, celui-ci va rebondir sur ses qualités et ses défauts et enrichir considérablement votre soirée.

3. Peut-il plaire aux autres joueurs ?
Ça c’est plus difficile, car il y a souvent des profils très différents à une table… Pour autant, si vous arrivez à créer des personnages vrais, passionnants et drôles, c’est mieux que d’ennuyer votre voisin de table avec votre le sempiternel Barbare-en-Quête-de-Vengeance.

 

19480672.jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-xxyxxLe sempiternel Barbare en Quête de Vengeance.

Réfléchissez-y !

Le Trône de Fer, la grande métaphore finale

Je me permets de recopier la chronique que j’ai faite sur Cinefast car je pense qu’il y a beaucoup de fans du Trône de Fer qui traine sur Planet Arrakis… Je pense aussi que certains enseignements scénaristique de ce dernier épisode de notre série fétiche peuvent intéresser aussi les Rôlistes. Bonne lecture !

 

Les grandes séries ne meurent jamais. Le Trône de Fer, après avoir subi toutes les avanies possibles, le manque d’inspiration, la langueur, puis la stupide accélération, menant de fait à la destruction de la physique de son monde (distances abolies, et super héros chevauchant des dragons à grande vitesse chargés de de kérosène), le plus grand show du XXI° siècle se termine de façon éclatante.

Au bout d’une huitième saison totalement surprenante, aux rebondissements souvent maladroits ou irréalistes, Game of Thrones rattrape tout, dans un ultime épisode métaphorique et époustouflant.

Comme dirait Jonathan Franzen, des erreurs furent commises ; Comme dirait Tyrion, elles ont été réparées. En 75 minutes, la série boucle non seulement les histoires de son immense cast (sans avoir l’air de se presser), donne un cours de philosophie politique, propose une morale revigorante contredisant son propos principal, et se permet de commenter, en mode méta, la propre fascination qu’elle a engendrée. Revue de détail…

Tuer le tyran qui est en nous (3 leçons de philosophie politique)

S’il est une série politique, c’est bien celle-là. 73 épisodes sur la conquête du pouvoir, le Trône de Fer est à la série télé ce que Le Prince de Machiavel est à la politique (1).

Il appartenait aux auteurs de conclure sur la question initiale de la conquête du fameux trône, sachant qu’aucune solution ne pouvait être réellement satisfaisante. Si Daenerys gagnait, elle offrait une victoire moralement appropriée (le triomphe du tiers-monde opprimé) mais qui pouvait apparaître comme Hollywoodienne. Si au contraire Cersei sirotait tranquillement son cabernet dans le Donjon Rouge (probablement la fin la plus Game of Thrones, au passage), elle décourageait le fan qui souhaitait sa mort depuis le début. Quant à Jon Snow, le beau gosse, il n’avait pas l’air équipé pour le rôle de Grand Leader, et sa cote sombrait d’épisode en épisode…

Pourtant, c’est vers lui que se tourne le destin. Par la voix de Machiavel-Tyrion, évidemment. Daenerys a gagné, a exterminé toute la ville, et ses alliés sont plus inquiets que jamais. Jon rend visite à Tyrion, la Main démissionnaire. « La guerre n’est pas finie », lui dit-il en substance. Maintenant que Daenerys-la-Libératrice est prête à détruire la roue de l’oppression, et qu’elle a, comme tant d’autres, le sentiment d’être du bon côté, c’est une forme de jihad qui s’annonce, une dictature du Bien qui fera des millions de morts.

Première leçon : nous aussi, nous avons admiré cette jolie princesse libératrice d’esclaves. Elle l’a pourtant fait dans une furie meurtrière sans précédent ; sous prétexte que c’était des méchants nobles ou marchands, nous l’avons approuvée sans discernement (2).

Tyrion exhorte alors le faible Jon à choisir sa destinée, lui qui a toujours cherché à faire le bon choix, à protéger les gens. Lui seul peut désormais tuer le tyran qui s’annonce.

Et c’est bien Jon, qu’on présente comme un impuissant depuis cinq épisodes, qui va effectivement prendre ses responsabilités, car « l’amour est plus fort que la Raison », mais « le Devoir est la mort de l’Amour » (3).

Après avoir donné une ultime chance à Daenerys, l’abjurant de gouverner avec clémence, celle-ci refuse, avec la folie des dictateurs. Emilia Clarke apporte ici tout son talent et sa beauté juvénile, ce qui rend ses propos encore plus atroces. Hitler, en version jeune et blonde : « Je sais ce qui est bon ». Et ceux qui pensent autre chose ? « Ils n’ont pas le choix ! » (4) Sa mort est alors inévitable, dans une scène sublime d’ambiguïté.

Jon a rempli sa mission, il a tué le tyran qui est en nous, celui que nous appelons de nos vœux. Et il délivre au passage la deuxième leçon politique de Game of Thrones : ne choisissons pas nos leaders sur leur bonne tête, leur beauté physique, leur charisme, leur humour. Malgré l’amour que nous leur portons, réfléchissons… Elisons nos leaders avec notre tête.

Et c’est exactement ce que vont faire Benioff et Weiss à la quarantième minute.

L’épisode bascule à ce moment-là dans une scène assez artificielle : Tyrion, qui pense être condamné à mort, est présenté devant le conseil des grandes familles de Westeros. Il va alors servir d’arbitre au débat politique. Tyrion n’a pas le droit de parler, mais pourtant il va le faire avec éloquence. On lui demande, comme à Machiavel, comment gouverner ce tas de ruines que sont devenues les 7 Couronnes. Les chefs des plus puissantes maisons de Westeros, assises, s’opposent à Ver Gris, debout. Le chef des Immaculés, qui vient de perdre sa charismatique patronne, ne demande que justice, refuse tout compromis : un autre cycle de guerres se profile à l’horizon.

Ser Davos pose la première pierre : « Nous nous entretuons depuis longtemps ». Il propose une terre aux Immaculés ; il y a eu trop de morts, il faut trouver une autre issue. Suit alors un débat surréaliste pour trouver un roi. C’est la Grande Scène.

Première solution, prendre le plus âgé (Tully), vite remis à sa place par le vrai pouvoir (Sansa). La République, portée par Samwell Tarly ? Tout le monde rit de bon cœur (et le spectateur avec… On y reviendra…) Pourquoi ne pas faire voter les chevaux, pendant qu’on y est ! Sinon, il reste la compétence (Tyrion) ? Ça ne suffit pas non plus. Qui alors ?

Tandis qu’une musique élégiaque s’amorce, Tyrion Lannister suggère alors autre chose : le compromis, c’est à dire la base de la politique. Prenons le plus petit commun dénominateur : l’invalide, l’enfant, le faible, mais aussi le visionnaire : Bran. Et le fait acclamer par les Maisons de Westeros. Samwell avait donc raison ; on ne peut plus gouverner par simple héritage, sinon c’est une nouvelle guerre de succession. Si la démocratie est un choix un peu radical, commençons par une monarchie élective, hors des liens du sang. Car comme le dit Machiavel-Tyrion, « les fils de rois peuvent être très stupides. [Bran, qui ne peut engendrer] ne nous tourmentera donc pas. Désormais, les gouvernants ne naîtront pas, ils seront choisis (5) ». Et Tyrion d’asséner la troisième leçon de philosophie politique, tout autant destinée à Ver Gris qu’au spectateur : «  C’est cette roue-là que Daenerys voulait détruire… »

Une fois de plus, les auteurs s’adressent au spectateur. Pourquoi avons-nous ri à la suggestion de Samwell Tarly ? Après tout, nous vivons dans des démocraties. Mais nous sommes fascinés par ces histoires de rois et de reines, et de princes héritiers du trône : il suffit de voir la passion qui s’empare des médias à la naissance d’un rejeton de la famille royale d’Angleterre (6). Pour autant, ce n’est pas le mode de gouvernement que nous avons choisi. Nous nous sommes débarrassés, souvent violemment, de la royauté. Cette Grande Scène s’apparente en fait à une forme de retour sur terre imposée au public par les auteurs. Vous êtes fascinés par tout ça depuis que vous regardez Games of Thrones, Star Wars, ou n’importe quelle heroic fantasy), mais réfléchissez ; ces gens-là ne sont que des dictateurs, et vous n’en voudriez pour rien au monde.

La morale de l’histoire (une autre vie est possible)

Juger la fin du Trône de Fer sur le plan du réalisme est un contresens. La fin d’une série ne peut se comprendre que comme une grande métaphore finale. Le but n’est plus de fournir des réponses réalistes, mais bien de faire passer un message. Qu’avons-nous appris pendant huit ans ? La fin est donc logiquement la partie la plus intéressante de ce Season Finale, quand l’épisode s’attarde sur le sort des chouchous des fans : la famille Stark.

Godard disait que le cinéma est une affaire de morale, et il n’a jamais autant eu raison. Si Game of Thrones est réussi, c’est parce qu’il apporte une morale satisfaisante à son histoire. Et même si l’on ricane à chaque fois que l’on évoque ce sujet, c’est qu’on le confond souvent avec LA Morale. Mais le plaisir basique que l’on retire d’une œuvre de fiction, c’est bien celui-là. Si la morale est satisfaisante (même s’agissant d’anti-héros comme Tony Soprano ou Tony Montana), le film est réussi. Si la morale est dérangeante (Suicide Squad, Deadpool), pas claire (HHhH) ou simplement fumeuse (The Dark Knight Rises), on est choqués ou on reste sur sa faim.

Ici, le final moral est incarné par la famille Stark : chacun sa route, chacun son destin. Il y a d’autres façons de vivre que la vengeance, la guerre, ou la soif éternelle du pouvoir. On n’est pas forcés de plier le genou, même devant son propre frère, on peut affirmer son indépendance, comme Sansa, nouvelle reine d’Ecosse de Winterfell. On peut se désintéresser du pouvoir et partir à l’aventure, choisir l’exploration, le grand ouest, parce que le pouvoir n’est pas fait pour nous (Arya). Et on peut rester attaché à ses racines (le Nord) et, en pionnier, étendre l’humanité dans des contrées réputées inhospitalières, au-delà du Mur.

Ces trois possibilités sont magnifiques, car elles sont totalement incarnées par leurs personnages, et leurs acteurs. Arya n’a jamais couru qu’après l’aventure ; même si c’est une tueuse, elle ne cherche pas le pouvoir. Sansa a toujours voulu être une princesse, de manière ridiculement adolescente saison 1, et sérieusement maintenant, comme un gouvernant crédible.

Quant à Jon Snow, le personnage menaçait de devenir de plus en plus falot. Mais cela s’apparente maintenant à une ruse scénaristique signée Benioff/Weiss pour frapper encore plus fort dans ce final éclatant.

Jon Snow, victime des compromis Ver Gris/Bran, est condamné à retourner à la Garde de Nuit. Le voilà revenu au point de départ, mais en fait, c’est un nouveau départ. Car il part bientôt à la tête de sauvageons souriants, pour conquérir pacifiquement des territoires au-delà du Mur. Et s’enfonce, magnifiquement, dans la forêt des origines, tandis qu’une première fleur repousse : Winter is gone.

Le voilà porteur d’une morale encore plus importante: nous ne sommes pas destinés à quelque chose, nous sommes ce que nous choisissons de devenir. Jon Snow est un targaryen, donc héritier du trône, donc fou ? (7) Pas du tout : Jon Snow est avant tout le fils d’un père adoptif qui l’a bien éduqué : Ned Stark, le seul véritable héros de la série. Élevé par un père aimant et dans les bonnes valeurs, son éducation prime sur le sang. Ce n’est pas parce que je suis héritier du trône que je dois en hériter, ce n’est pas parce que ma famille est folle que je dois l’être, ce n’est pas parce que je suis targaryen que je ne suis pas un vrai nordique. Tout simplement parce que j’ai été éduqué ainsi, et que je choisis de le rester…

Ce n’est pas pour rien que le Trône de Fer plait à l’extérieur du petit cercle de fans de l’Heroic fantasy. Car il détruit le mythe du surhomme, de la destinée, pour y superposer la politique et la vie.

Brisons le quatrième mur (et la fascination que nous avons engendrée)

« I had nothing to do but think these past two weeks. About our bloody history.  About mistakes we’ve made. What unites people? Armies? Gold? Flags? Stories. There’s nothing more powerful in the world than a good story.»

Les séries qui se terminent le font tous : un grand flash-back qui réunit tous les personnages (8), dont nous sommes follement tombés amoureux (ou alors, que faisons-nous devant notre écran huit ans plus tard ?(9)).

Ces personnages, nous voulons les revoir une dernière fois. Il y a plusieurs façons de faire sa sortie, en la ratant façon Lost (finir comme on a dit qu’on ne finirait pas), ou façon Twin Peaks saison 3 (par une immense destruction de tout ce qui a précédé). On peut aussi finir brillamment (Le Twin Peaks première manière avec une fin en forme de boucle, ou Friday Night lights, dont le final moral et choral ressemble beaucoup à celui de GoT).

On peut aussi ramener tout le cast (Six Feet Under, The Wire), et les mettre en prison pour l’ensemble de leurs œuvres (Seinfeld). Les séries les plus malines s’en tirent souvent par une pirouette (Mad Men, Les Sopranos).

Mais toutes les grandes séries passent par le scandale, et la déception. Et il est normal qu’une grande fascination engendre une toute aussi grande frustration. Car chacun, en réalité, veut sa fin. Les désirs des spectateurs sont par définition multiples ; ils entrent en conflit avec la fin, forcément unique, choisie par le scénariste.

Dans Game of Thrones, le Professore Ludovico en pinçait pour Cersei. Et l’ombre de Machiavel esquissait une belle fin pour la plus belle des MILF de Westeros : pendant que les idiots se battaient contre le Prince de la Nuit, la flamboyante rousse ramassait les morceaux, à l’instar des américains laissant les russes défaire les nazis. Mais le Professore n’est pas scénariste de Game of Thrones, pas plus que ceux qui souhaitaient  que Jon et Daenerys se marient et aient plein de petits targaryens régnant en paix sur le monde.

C’est ce message qui est adressé au spectateur, dans la Grande Scène des Arènes. Un aparté théâtral de Tyrion destiné en apparence aux familles de Westeros mais en réalité au public : « J’ai bien réfléchi dernièrement » Vous aussi, le public ? Vous en avez élaboré des fins pour GoT, non ? « Mais qu’est-ce qui unit vraiment les gens ? Les histoires ; il n’y a rien de plus puissant qu’une bonne histoire… »

Tu dois comprendre, ami spectateur, que tu n’es qu’un spectateur ; on ne peut pas faire plaisir à tout le monde, on ne peut pas te donner la fin que tu souhaites. Réveille-toi ! Tu ne nous as pas suivis jusque-là pour entendre ce genre de fadaises ??? Il faut que nous, les auteurs, nous finissions cette histoire, pour vous unir une dernière fois.

Alors oui, nous avons « commis des erreurs, connu des mariages, des guerres, des naissances », nous avons eu « nos triomphes, et nos défaites » mais tu dois accepter cette fin : Bran sera le dépositaire de cette histoire, car tu n’as pas d’autre choix, petit spectateur. (10) Tu peux faire tes pétitions en ligne, rugir sur les réseaux sociaux, mais l’artiste, c’est nous, et personne d’autre. Même pas George Martin, dont tu aurais tout autant critiqué la fin de Game of Thrones qui lui reste à écrire…

Tais-toi. Arrête de tout vouloir contrôler. Regarde. Ressens. Et pleure…

(1) Ce n’est pas pour rien qu’à l’épisode précédent (S08e05), Twingodex, jeune philosophe de 17 ans, nous faisait remarquer que Daenerys et son dragon-B.52 ne faisaient qu’appliquer le programme du Prince, chapitre 2 « Comment on doit gouverner les Cités ou Etats qui avant d’être occupés vivaient sous leur propres lois ? » Réponse machiavélienne : « En vérité il n’y a pas d’autre façon sûre de les posséder que de les détruire. Et qui devient seigneur d’une cité habituée à vivre libre, et ne la détruit pas, doit s’attendre à être détruit par elle » (2) « When she murdered the slavers of Astapor, I’m sure no-one but the slavers complained; after all, they were evil men. When she crucified hundreds of Meereenese nobles, who could argue they were evil men? The Dothraki khals she burned alive, they would have done worse to her. Everywhere she goes, evil men die and we cheer her for it. » (3) Tyrion : “Love is more powerful than reason” Jon Snow: « Love is the death of duty. And sometimes, duty is the death of love »(4) Daenerys Targaryen: Because I know what is good. And so do you. Jon Snow: I don’t! Daenerys Targaryen: You do! You do, you’ve always known! Jon Snow: What about everyone else? All the other people who think they know what’s good? Daenerys Targaryen: They don’t get to choose. Be with me. Build the new world with me! This is our reason! It has been from the beginning, since you were a little boy with a bastard’s name and I was a little girl who couldn’t count to twenty! We do it together! We break the wheel…together. (5) « Sons of kings can be stupid as you well know. [Bran] will never torment us. That is the wheel your queen wanted to break. From now on, rulers will not be born, they will be chosen. On this spot, by the lords and ladies of Westeros, to serve the realm. » (6) Comme le faisait remarquer quelqu’un, il n’y a pas de raison de se passionner pour Archie, le jeune fils de Meghan et Harry ; il n’a aucune chance d’atteindre la couronne d’Angleterre. Ou alors, ce serait bien pire que Game of Thrones. Ça voudrait dire qu’il aurait tué son père, sa mère, son oncle, sa tante  et son cousin, sans parler de ses grands-parents… (7) « You think our House words are stamped on our bodies when we’re born and that’s who we are?! Then I’d be fire and blood too! She’s not her father, no more than you’re Tywin Lannister! » (8) D’autres scènes sont là pour faire ce passage (Tyrion raconte toutes les horreurs auxquelles il a participé, Brienne écrit une notice flatteuse de Jaime, Samwell termine A Song of Ice and Fire, le nouveau Conseil réunit les anciens personnages, etc.) (9) « Why do you think I came all this way? » (10) « [Bran] is our memory, the keeper of all our stories: wars. weddings. births. massacres. famines. Our triumphs. Our defeats. Our past. »