Planet Arrakis

Jeux de rôle, jeux de plateau, prenez ce qui vous plait…

Archive pour Mauvais esprit

Jacquet du Pont, joueur de luth et nouveau PNJ pour la Campagne Impériale

jacquet du pont

Musicien bretonnien, par Francesco Salviati (Francesco de’ Rossi, dit). Pavezzano, 1510

La base du jeu de rôle, c’est la paranoïa. Celle des joueurs, bien entendu. Prenez par exemple mes joueurs. Ils tentent de fuir Altdorf en flammes. Sur leur péniche, remontant le Talabec, ils évitent bravement tous les dangers qui parsèment leur parcours : Auberge-relais, épicier méfiant, pêcheur louche, fermier grincheux. Tout ce qui pourrait mettre en danger une escouade de vingt Chevaliers Panthères armés jusqu’aux dents. Mais on ne sait jamais !

Et voilà qu’arrive Jacquet du Pont, un joueur de luth Bretonnien. Il a l’air assez inoffensif comme ça, baragouinant un reikspiel de contrebandier, et ne portant sur lui qu’une besace et un étui à luth. Avec un luth dedans, évidemment. Mais bon. Ce regard sombre est un peu étrange, non ? Ses yeux noirs, ne serait-ce pas ceux d’un marqué ? Il veut l’hospitalité pour la nuit, (les auberges de König sont pleines, parait-il) ; il est prêt à dormir simplement sur le sol de la péniche.

Les aventuriers, dans le fond, ont bon fond. Ils acceptent (malgré toutes autres précautions prises, je sais, ce n’est pas très cohérent, mais rappelons que ce sont des JOUEURS, pas des MJs) d’accueillir ce gentil musicien étranger. Mais organisent tout de même un tour de garde serré pour vérifier qu’il ne met pas le feu au bateau. N’appelle pas les Anciens en traçant un pentacle de Malepierre… Ne se transforme pas en nuage noir…

On ne sait jamais.

C’est ça la base du jeu de rôle.

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Ben elle n’était plus là ! 

LA Examiner Dans le jeu de rôle, il y a les joueurs qui sont venus par les règles (wargame-D&D-combien elle fait de dommages ta bastarde quand on la tient à deux mains ?), et ceux qui sont venus par les roleplay. Madame Ferro est de celles-là ; un jour, elle a eu envie de jouer au jeu de rôle – pour voir – et elle joue toujours, vingt après. Et c’est depuis ce jour séminal que M. Moud Ubid s’est remis au JDR après cinq ans de disette, et n’a plus jamais arrêté.

Madame Ferro son truc, c’est le roleplay. Vingt ans après, elle demande toujours quel dé lancer pour une attaque à D&D, et ne sait jamais retrouver ses compétences sur sa fiche. Parce que son truc, c’est le roleplay ! On lui file un personnage, n’importe lequel, et ça va chier ! Elle ne joue pas corporate, madame Ferro, elle joue son personnage. Pire, elle joue exactement les caractéristiques de son personnage. 3 en intelligence ? Elle révèle le plan au Grand Méchant. 10 en Force ?  Elle vérifie auprès du MJ si elle peut vraiment soulever cette hallebarde. 12 en Dextérité ? Franchement elle ne préfère pas tirer au revolver : « Je pourrais blesser quelqu’un ! ». Et les regards consternés de ses camarades joueurs ne changent rien à l’affaire.

Madame Ferro, ce n’est pas son vrai nom, évidemment, on n’est pas des balances sur Planet Arrakis ! Non, ce moment elle a renoncé à l’idiot du village qu’elle interprétait avec un talent certain dans la Campagne Sans Nom, qui nous promena de Saltmarsh à Garrotten. Maintenant elle se fait appeler James Flavin, un petit acteur Hollywoodien qui monte, qui monte, et qui vient de perdre sa dernière conquête, Debbie, dans la Cité des Anges de cette bonne année 1949*, tout juste deux ans après cette sale affaire du Dahlia.  Bref, quand l’inspecteur Hooker est venu l’interroger sur la disparue, il n’a obtenu que cette évidence :

« – Comment vous êtes-vous rendu compte qu’elle avait disparu ?

– Ben elle n’était plus là ! »  

C’est ça Hollywood, en même temps. C’est pas la Comédie Française.

* Vous aurez reconnu « Les Collines hallucinées », le scénario de Guillaume Baron paru dans CB#7 – mai juin 2014

Le roi de la gaffe

PendusVillonTandis que les événements se précipitent à Altdorf, Jochen n’en rate pas une. Nos héros ont confié à l’Ordre des Templiers de Sigmar quelques lettres signées de La Main, le chef de la Main Pourpre, la terrible secte du Chaos. Avec ces lettres, peut-être que les Templiers pourront enfin identifier ce personnage important, qui, les aventuriers en sont convaincus, réside à Altdorf. Le lendemain, nos amis se rendent auprès de l’archiviste templier à qui l’on a confié cette tâche, Frère Joachim. Las ! Sa porte est close, visiblement fermée de l’intérieur, ce qui déclenche les plus folles spéculations. Vite confirmées, car la porte, crochetée avec une étonnante facilité par l’ami Jochen, révèle l’horrible spectacle. Le frère Joachim s’est pendu, laissant une énigmatique lettre d’adieu et quelques exemplaires de courriers révélant l’horrible vérité. Voilà nos héros désormais confrontés à des options inattendues. Que faire ? Pendant ce temps, le Maitre templier von Tasseninck, fou de douleur, démolit l’écritoire, la bibliothèque, les parchemins, les encriers, etc. – « Le problème, commence timidement Jochen, c’est qu’on est suspendus… » Les autres échangent un regard gêné.  Un ange passe.

Embuscade dans la forêt (reverse dungeoning)

Après avoir intercepté la Main Pourpre dans la Drakwald, la gigantesque forêt qui entoure Middenheim, la Chance du Graf s’offre un malencontreux retour à l’envoyeur.

Des copycats, au fort accent avalonnien, tentent de reproduire l’exploit de nos valeureux aventuriers : un braquage dans les règles, au cœur de la forêt, avec arbre abattu en travers de la route, et tutti quanti.

D’où l’extrême concentration de nos joueurs, par cette froide nuit de février…

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De gauche à droite, Haaden-sans-visage estime, à l’aide de sa table trigonométrique, les chances d’un mousquet à 40m.

Ensuite, Jochen-à-Lunettes, qui tente, par son gracieux sourire, d’amadouer le MJ (« Tu es sûr, vraiment sûr, qu’avec Survie+3, Empathie Animale+7, mon talisman de Sigmar+1 et mon arc elfique triple flèche, je ne peux pas pister ce Shackleton dans la rivière ? »).

A droite, Konrad Tannenbaumwaldberg réprime un fou-rire. Il est aussi Maître de Jeu dans le civil (et pilote de Spitfire) : il sait que – comme pour les corses – on peut rire du MJ, mais il ne faut pas.

À l’extrême droite (sans préjuger d’une quelconque orientation politique), Helmut « Captain Chistera » Fleischer, tout à sa bonhomie de talonneur, prêt à tacher de sang la jolie chemise blanche de ces jean-foutres avalonniens…

Au milieu, une représentation précise du champ de bataille au 1/72°, des bâtons UHU sticks pour symboliser l’altitude où sont perchés les embusqués, une bourse plein d’or (celle du MJ) et ne bourse vide (celle des joueurs)…

L’Histoire, avec un grand H, est en marche…

Aide de jeu pour Skull&Roses

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L’avarice est la mère de tous les vices. Le snobisme aussi. Ça m’énervait de voir tout le monde s’extasier sur Skull & Roses, et donc je ne l’ai pas acheté.

Mais un jour, une boîte toute défoncée à 10 euros m’a tendu les bras, et j’ai craqué. Je ne l’ai pas regretté : après 2 ou 3 parties hésitantes, et des règles assez mal écrites (à vouloir trop thématiser biker, on n’y comprend plus rien), Skull&Roses est devenu une évidence : un poker sans argent, tout public, et très court, ce qui donne envie d’enchaîner les parties.

C’est pourquoi j’ai fait cette aide de jeu à glisser dans la boîte. Bonne partie !

Nicollo Machiavelli, vrai-faux PNJ du Pouvoir Derrière Le Trône

Niklaus MachiavelliParlons du vrai, déjà.

Nicolas Machiavel est un homme politique italien, premier secrétaire des Dix de Florence, quand la ville était encore une république. Avec l’arrivée des Médicis au pouvoir en 1500, Nicolas Machiavel est emprisonné et torturé. Finalement libéré, il se réfugie chez lui, à Sant’Andrea in Percussina, et décidé à coucher sur le papier tout ce qu’il appris du pouvoir, et des hommes qui nous gouvernent. Il en tirera un livre qui fera sa renommée, et sa malédiction : Le Prince.

Malédiction, car le livre est aussitôt mis à l’index par l’Eglise, ; Machiavel y a le mauvais goût d’expliquer que la religion et les valeurs morales n’ont rien à faire dans l’action de gouverner ; qu’il importe de se préoccuper d’abord du peuple, et de ses alliés, pour assurer et conserver le pouvoir. Pire, il démontre cette théorie avec… le Pape ! Ces valeurs morales, Jules II prétend les avoir, mais n’en respecte aucune (ce qui convient parfaitement à Machiavel, car ainsi, le pape  exerce parfaitement son pouvoir).

©FSN/LeemageLongtemps interdit, le livre de Machiavel a gardé cette réputation sulfureuse jusqu’à nos jours, où l’on affuble du qualificatif « machiavélique » des conseils qui s’avèrent plutôt démocratiques…

Une relecture plus intelligente de l’œuvre de Machiavel (qui a écrit aussi un Art de la Guerre, façon Sun Tzu chez les Romains, une monumentale Histoire de Florence, des pièces de théâtre) a commencé au Siècle des Lumières, et se poursuit aujourd’hui…

***

Mais en parlant de Pouvoir, passons Derrière le Trône, le fabuleux opus 3 de la fameuse Campagne Impériale de Warhammer. Passons au PNJ Machiavel. J’ai fait de Nicollo Machiavelli le conseiller d’Heinrich Todbringer, remplaçant par là-même l’espionne Nastassia Heiss dans le scénario original.

Niccollo, ambassadeur des Provinces Unies de Tilée, s’est incrusté à Middenheim où il a décidé de parier sur le Bâtard, seul candidat sérieux à ses yeux à la succession du Graf. Il fait son éducation, l’aide à nouer des alliances avec la Tilée, avec les nains et avec Nuln (où il fait acheter des pièces d’artillerie), bref, c’est le consigliere parfait.

Quand les personnages le rencontrent, Nicollo est en mauvaise posture dans une auberge-relais sur la route de Middenheim. Il refuse de céder sa place à quatre ruffians, car « il est en train de travailler à quelque chose de très important » (il s’agit évidemment d’Il Principe, dont le manuscrit sera difficilement déchiffré pour quelqu’un ne parlant pas tiléen). Il se promène avec de mystérieux objets : un gros cylindre d’un mètre de diamètre sur vingt cinq centimètres de haut. Et d’un coffre de plomb, très lourd, d’où suinte une étrange poussière bleue. Vos joueurs, comme les miens, peuvent passer un certain temps sur le sujet, avant de découvrir qu’il s’agit d’un fromage tiléen (parmigiano) et d’un pigment « Bleu de Tilée », qui sert aux frères Lippi, qui repeignent le retable de la cathédrale d’Ulric en vue du Carnaval.

Nicollo Machiavelli est aussi un expert en poisons, comme tout tiléen qui se respecte.

Voici sa fiche (à venir), et aussi ce qu’il pense des PNJs du Pouvoir Derrière le Trône et ce que ceux-ci pensent de lui (à venir).

Le Prince

« Ils ont coutume, le plus souvent, ceux qui désirent acquérir la grâce d’un prince, de se présenter à lui avec les choses qui leur sont le plus chères, ou dont ils voient qu’elles lui plaisent davantage ; d’où vient que bien souvent on les voit faire cadeau de chevaux, de draps d’or, de pierres précieuses et d’ornements semblables, dignes de sa grandeur.

Désirant donc m’offrir à Votre Magnificence avec quelque témoignage de ma soumission à son égard, je n’ai trouvé, dans tout mon équipage, rien que j’aime et je prise autant que la connaissance des actions des grands hommes… »

C’est ainsi que débute Le Prince, de Nicolas Machiavel, homme d’état, penseur, ambassadeur, mais aussi PNJ de myLCI, ma version de la fameuse Campagne Impériale de Warhammer. Pour les connaisseurs, il remplace Nastassia Hess, « homme de confiance » d’Heinrich Todbringer dans Le Pouvoir Derrière le Trône.


Niklaus (ou Nicollo) Machiavelli, Ambassadeur des Provinces Unies de Tilée, auprès du Graf de Middenheim,
peint par Filippo Lippi, 1511

Que promène donc le mystérieux conseiller tiléen, dans sa sacoche de cuir ? Un manuscrit, qui semble tant l’absorber qu’il néglige le boire et le manger… Si on croise l’ambassadeur sur la route d’Altdorf, dans une simple auberge relais, on le trouvera sûrement, plume d’oie et encrier pas loin, à coucher quelques nouvelles idées sur le vélin :

« Les hommes changent volontiers de maître, pensant améliorer leur sort. »

« Celui qui occupe un pays doit examiner toutes les violences qu’il lui faudra faire, et les faire toutes d’un coup… »

« Le désir du peuple est plus honnête que celui des grands ; ces derniers voulant opprimer, celui-là ne voulant pas être opprimé. »

« Il ne peut y avoir de bonnes lois là où il n’y a pas de bonnes armes, et là où il y a de bonnes armes, il faut qu’il y ait de bonnes lois. »

« Des hommes on peut dire ceci, […] qu’ils sont ingrats, changeants, simulateurs et dissimulateurs, fuyards devant les périls et avides de gains.
Tant que tu fais leur bien, ils sont tout à toi, ils t’offrent leur sang, leur vie, leurs enfants […,] mais dès que le besoin s’approche, ils se détournent… »

« Il n’est pas nécessaire d’avoir les qualités susdites (pitié, fidélité, intégrité, humanité, religion), mais il est bien nécessaire de sembler les avoir. »

En tout cas, si on fouille sa besace, on trouvera quelques pages, noircies en tiléen d’une écriture de mouche, avec cette dédicace : Ad Magnificum Heinrich Todbringer…