Planet Arrakis

Jeux de rôle, jeux de plateau, prenez ce qui vous plait…

Archive pour Mulholland case

Oui, mais quel standard ?

Academy-Theater-Inglewood Les rôlistes font de merveilleux dialoguistes. Ici, nous sommes dans Les Collines hallucinées , un jeu de rôle paru dans Casus belli#7 situé à Los Angeles en 1949. Ambiance James Ellroy et Dahlia Noir. Flics hard boiled, acteurs Hollywoodiens corrompus, et Cité des Anges entre le paradis et l’enfer…

Comme dans un bon film noir, les flics interrogent l’acteur qui vient de perdre sa petite amie et n’a pas l’air si affectée que cela :

– « Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois ? Et hier soir, où était-elle ?

– Au standard ! – Oui, mais où ?

– Ben, au standard !

– D’accord, mais quel standard ? »

Ça aurait pu durer longtemps comme dans un film de Jacques Veber, et ça aurait pu s’appeler le Diner de Cons à Los Angeles. Les autres joueurs, pas très solidaires, riaient sous leur cape.

Parce que la boîte de nuit s’appelle le Standart.

Ben elle n’était plus là ! 

LA Examiner Dans le jeu de rôle, il y a les joueurs qui sont venus par les règles (wargame-D&D-combien elle fait de dommages ta bastarde quand on la tient à deux mains ?), et ceux qui sont venus par les roleplay. Madame Ferro est de celles-là ; un jour, elle a eu envie de jouer au jeu de rôle – pour voir – et elle joue toujours, vingt après. Et c’est depuis ce jour séminal que M. Moud Ubid s’est remis au JDR après cinq ans de disette, et n’a plus jamais arrêté.

Madame Ferro son truc, c’est le roleplay. Vingt ans après, elle demande toujours quel dé lancer pour une attaque à D&D, et ne sait jamais retrouver ses compétences sur sa fiche. Parce que son truc, c’est le roleplay ! On lui file un personnage, n’importe lequel, et ça va chier ! Elle ne joue pas corporate, madame Ferro, elle joue son personnage. Pire, elle joue exactement les caractéristiques de son personnage. 3 en intelligence ? Elle révèle le plan au Grand Méchant. 10 en Force ?  Elle vérifie auprès du MJ si elle peut vraiment soulever cette hallebarde. 12 en Dextérité ? Franchement elle ne préfère pas tirer au revolver : « Je pourrais blesser quelqu’un ! ». Et les regards consternés de ses camarades joueurs ne changent rien à l’affaire.

Madame Ferro, ce n’est pas son vrai nom, évidemment, on n’est pas des balances sur Planet Arrakis ! Non, ce moment elle a renoncé à l’idiot du village qu’elle interprétait avec un talent certain dans la Campagne Sans Nom, qui nous promena de Saltmarsh à Garrotten. Maintenant elle se fait appeler James Flavin, un petit acteur Hollywoodien qui monte, qui monte, et qui vient de perdre sa dernière conquête, Debbie, dans la Cité des Anges de cette bonne année 1949*, tout juste deux ans après cette sale affaire du Dahlia.  Bref, quand l’inspecteur Hooker est venu l’interroger sur la disparue, il n’a obtenu que cette évidence :

« – Comment vous êtes-vous rendu compte qu’elle avait disparu ?

– Ben elle n’était plus là ! »  

C’est ça Hollywood, en même temps. C’est pas la Comédie Française.

* Vous aurez reconnu « Les Collines hallucinées », le scénario de Guillaume Baron paru dans CB#7 – mai juin 2014