Planet Arrakis

Jeux de rôle, jeux de plateau, prenez ce qui vous plait…

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Godless

 

Le big sky. Ce n’est pas seulement le titre original de La Captive aux Yeux Clairsd’Howard Hawks, c’est la meilleure définition que l’on pourrait donner de la Terre des Fantasmes, quelques secondes après y avoir posé pour la première fois le pied. Quand on arrive aux États-Unis d’Amérique, c’est ce qui vous frappe en premier : le ciel. Un immense et bleu, devant, derrière, sur les côtés, sans limite. Un ciel de paradis, blanc comme les nuages qui y paressent… Un pays de géants, incroyablement beau.

Godless : BigSky + Féminisme

C’est aussi ce qui frappe de prime abord dans Godless : la magnifique représentation – renouvelée – de cette immensité. Pourtant, elle n’a pas manqué de glorieux représentants dans le western classique, de la Monument Valley de John Ford, aux étendues neigeuses immaculées de Jeremiah Johnson. Mais c’est comme si Scott Frank avait su trouver pour Godless de nouveaux pinceaux, une nouvelle palette, pour filmer l’ouest, ses grandes plaines, ses déserts et ses forêts.

Pour une fois nous allons faire chronique commune avec Planet Arrakis, le blog de jeu de rôle du Professore. Car par un effet de synchronicité typiquement Jungien, ce qui se passe dans la vie se passe dans la série, et inversement. Le Professore Ludovico anime depuis quelques mois une partie de jeux de rôle western baptisé La Nuit des Chasseurs*. L’un de ses joueurs, l’auguste Beresford, nous signale Godless, « une série qui va vous plaire », tant elle ressemble aux aventures qui nous occupent autour de la table de jeu. On regarde donc. Et on est fasciné par les ressemblances : la vieille mine, la ville du Wild West, son saloon et ses putes, les indiens qui rôdent, les soldats perdus de la Guerre de Sécession… Normal, dira-t-on : dans les deux cas, on fait appel aux clichés du western, mais cela va bien au-delà. Dans le jeu, Karl Ferenc (il y a beaucoup de Cinefasters, à commencer par Le Snake, autour de la table), tire dans le genou d’un journaliste pour lui apprendre la vie. Dans le film, la peintre tire dans le genou pour apprendre la vie à un Agent Pinkerton. Il y a un cercueil, bourré de dollars, qui traîne quelque part dans La Nuit des Chasseurs. Idem dans Godless. Et une ambiance fantastico-biblique pèse sur le fatum des deux fictions.

Les clichés, malgré leur mauvaise réputation, font le genre, au cinéma, en jeu de rôle, en littérature. Ils sont les piliers sur lesquels le public s’appuie pour s’aventurer en terrain connu, et connivent, avec l’auteur. Pas de film de zombie sans blonde hurlante, pas de film de guerre sans soldat héroïque, pas d’heroic fantasy sans princesse à sauver… Sans, vraiment ? Pourtant, pas de blonde hurlante dans Walking Dead, pas de soldat héroïque dans La Ligne Rouge, et pas de princesse à sauver (c’est plutôt le contraire !) dans Game of thrones

Car pour faire œuvre, il faut transcender les limites du genre, les respecter, les violer, bref, jouer avec. C’est exactement ce que fait Scott Frank dans Godless : plutôt que d’aligner ces clichés, il les transcende**, démontrant qu’avec du travail et du talent, on peut passer du produit commun de série B au pur chef d’œuvre. Car ce n’est pas un western normal, même si sa forme et son propos restent étonnamment classiques.

Godless : Esthétique du cliché

Godless est d’abord extraordinairement esthétique (ne ratez pas les vingt premières minutes, jamais on a filmé comme cela les grandes plaines sous l’orage). Mais ses histoires sont toutes simples, pour ne pas dire éternelles. Un outlaw sur la voie de la rédemption, un shérif veuf, inconsolable, et à la ramasse, une fermière mère courage, et un vieux gangster revenu de tout, godless, qui veut récupérer un magot et se venger.

Mais dans cette soupe de légumes classique, Scott Frank, scénariste averti d’Hollywood pour pointures 90’s (Branagh, Spielberg, Sonnenfeld, Soderbergh***) ajoute des épices tout à fait étonnantes. La ville est spéciale, peuplée quasi uniquement de femmes depuis l’effondrement de la mine qui a tué leurs maris. De cet événement quasi biblique, Scott Frank tire parti pour lancer l’idée d’une utopie féministe anachronique, à l’aube du XX° siècle. Et fait de ces femmes des personnages qui ont les clefs en mains : au-delà de la tragédie, voilà une incroyable opportunité de devenir maîtresse de son propre destin. On verra ainsi s’esquisser un personnage lesbien absolument pas ridicule (ce qu’il craignait fort d’être), des femmes fortes et de faibles femmes, des hommes forts qui se révèle faibles et vice versa…

De Titanic, on disait ici que c’était un film con, car les films cons osent tout, et c’est à ça qu’on les reconnaît. On pourrait dire la même chose de Godless, une série conne qui ose tout et réussit tout. Un film féminin et féministe, un western d’action et contemplatif, une histoire de rédemption et l’impossibilité de la rédemption, des histoires d’amour (qui finissent mal en général…) Tout en maintenant une tension érotique pendant six épisodes sans jamais succomber à la tentation d’en montrer plus…

Et ce n’est rien dire des grands acteurs qui transforment ces clichés en personnages de chair de et de sang, où même les pires ordures auront leur moment de gloire. Car Godless est peuplé de ces acteurs « B » dont personne (sauf les cinefasters) connaissent le nom : Jack O’Connell (Skins, ’71, HHhH), Michelle Dockery (Downtown Abbey), Scoot McNairy (Halt&Catch Fire, Monsters, Twelve years a Slave, Fargo), Merritt Wever (The Walking Dead), Thomas Brodie-Sangster (Le Labyrinthe, Game of Thrones), Sam Waterston (La Déchirure, The Newsroom), Jeff Daniels (Speed, The Newsroom, The Looming Tower) …

Si une série est capable de vous donner envie de dresser des étalons, que vous dire de plus ?

La Nuit des Chasseurs, par Yno, disponible ici
** La Nuit des Chasseurs, aussi, même si cette transcendance reste entièrement aux mains des joueurs et du Maitre de Jeu
*** qui coproduit Godless

 

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La Nuit des Chasseurs, les résumés

Ce qui fait le plus plaisir au Maître de Jeu, c’est connu, c’est qu’on lui en demande encore plus qu’il n’en donne. Aussi quand le Karl Ferenc a exigé, sur ce même site (voir commentaire de l’article précédent), que ces résumés soient présents sur Planet Arrakis, évidemment, j’ai biché.

Car Karl Ferenc est aussi joueur, sous le nom de Frank Anderson, avec ses amis Larry Ayerdahl et Darcy « Red » Flynn, à l’excellente Nuit des Chasseurs, le formidable western d’Yno, qui en seulement 52 pages A5, permet à des joueurs créatifs de broder sans fin dans ce bac à sable western (pardon, ce shooter).

La Nuit des Chasseurs, c’est quelques pages de règles (Corpus Mechanica, le système maison utilisé aussi dans Notre Tombeau), un setting complet avec la petite ville minière de Desolation, Texas, où les personnages sont parachutés Marshalls, par un simple twist of fate, comme dirait Dylan.

À partir de là, chacun peut faire son miel comme il l’entend : Southern Gothic, Western Spaghetti, ou revival façon Red Dead Redemption, ou pourquoi pas, steampunk façon Les Mystères de l’Ouest.

Dans la Nuit des Chasseurs, les joueurs peuvent faire absolument ce qu’ils veulent. Pour cela, le MJ dispose d’une galerie de personnages très touffue, jouant des clichés avec subtilité (le sheriff, les grands propriétaires, le croque mort…), quelques lieux emblématiques (le saloon, le bordel, …), 2 ou 3 accroches de scénario, et un fil rouge qui drive les joueurs.

La Nuit des Chasseurs devient alors une partie de ping-pong entre les idées du MJ et celles des joueurs : tout simplement ce que devrait être une partie de jeu de rôle.

« Un problème, pied tendre ? » 
Kyle McCarthy, Sherif deputy

Voici donc le résumé, épisode par épisode, de La Nuit des Chasseurs. N’ayant pas le temps d’écrire une chronique de 400 pages comme celle de Hadden sur La Campagne Impériale, ou celle de Gilles sur son Cirande (un autre bac à sable passionnant), j’ai trouvé un système plus simple : un PowerPoint que je mets à jour après chaque partie avec les photos des principaux protagonistes et des relances à la manière des feuilletons du XIX° siècle … ou du Rocky Horror Picture Show !

Episodes :

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Desolation s01e02

Desolation s01e03

Desolation s01e04

 

Gros Ben, un PNJ pour l’Empire en Flammes

Benedikt Haussler, dit Gros Ben, est un personnalité de Ballenhof, le carrefour entre Nuln, Hochsleben, et la route du Nord, qui remonte vers Averheim, et le Stirland.

Si, tous les deux ans, Benedikt est réélu Bailli par le Conseil des Dix depuis maintenant plus de quinze ans, c’est qu’il ne fait pas le métier à moitié. Juge de paix, bon gestionnaire des denrées, cherchant toujours une solution locale plutôt que d’en appeler au noble le plus proche, Gros Ben est très apprécié, même si on se moque de son physique et qu’aucune femme, visiblement, ne veuille de lui. Il possède un moulin et est métayer de quelques hectares de blé.

Quand les aventuriers pénètrent à l’Oie Farcie, une des auberges de Ballenhof, une conversation animée entre Gros Ben et d’autres clients attire leur attention. Leur désaccord porte sur l’embargo du blé. Les récoltes n’ont été bonnes pour personne. Et la prudence des uns, ou la spéculation des autres, fait monter les prix. Depuis la Nuit des Feuilles d’Or et la mort de l’Empereur, personne ne sait comment vont tourner les choses.

Ses interlocuteurs ont besoin de vendre et voudraient voir le duc, mais Gros Ben s’y refuse ou menace de ne plus s’occuper de rien, en déposant sur la table un lourd collier chargé de médailles. Les autres gardent le silence un instant, puis cèdent. Gros Ben, avec un sourire satisfait, repasse le collier.

Il est toujours Bailli.

Marco Orsini, un PNJ pour l’Empire en Flammes

Marco est l’un des fils Orsini, de modestes négociants en vin de Tilée. Plus aventureux que ses frères, il a décidé d’emprunter la Bruissante pour aller vendre son vin aux « imperiali ». Il se promène avec son chariot, ses échantillons de vin rouge pétillant, et son serviteur Francesco. Les affaires sont modestes pour le moment, mais bon, « c’est hiver ! »

Il a croisé nos amis à Ballenhof et leur a demandé, avec son fort accent, le moyen de partir vers Nuln ou Hochsleben.

Mais nos amis sont occupés à d’autres tâches, ce qui les rend volontiers paranoïaques. « Pas possible ! » répond Helmut, catégorique, avant de s’éloigner. Le tiléen devra trouver des bateliers plus compréhensifs.

Ilse Schönebrunn, un PNJ pour l’Empire en Flammes

Ilse Schönebrunn, c’est le sel de la terre. Un petit bout de femme, qui gère seule l’Orée du Bois, l’auberge-relais de Maüchen. Ilse, c’est la gentillesse même. Elle aime ses clients, les vieux comme les jeunes, les riches comme les pauvres. Elle est très efficace et en même temps s’intéresse à la vie des gens. Elle vit seule, et elle est courtisée par tous les gars du village. Mais le cuistot, Vieux Frank, veille sur elle. Gare à celui qui lui parle mal. Comme ce rustre de Meyer, un jour, il lui arrivera des broutilles…

Ce rustre de Meyer…

Heinkel Schlossmeier, un PNJ pour l’Empire en Flammes

Heinkel Schlossmeier n’est pas content. Depuis l’élection du Consul, et l’étonnant vote pro-ulricain de la Gravin pour l’autre Gravin, ses Schwarz und Weiss se font insulter dans tous les villages du Wissenland. Lui n’y comprend rien à toute cette politique… et ces bâtards de paysans sont bien contents d’habitude, quand ses vougiers pendent un voleur de chevaux…

Les Schwarz und Weiss sont une Patrouille d’élite composée de soldats nulnois de la 11ème Compagnie. Ils assurent le bon commerce sur la Soll ou le Reik inférieur. Habituellement craints, on les accuse d’être des traîtres à la solde d’Ulric, et des bâtards du Nord. Mais à part quelques boules de neige, personne ne s’est risqué à les affronter.

Sur la route de Hochsleben, de Nuln à Pfeildorf…(1/5)

nuln by night2

Nuln by night…

 

ATTENTION SPOILER

Voilà, c’est parti, nos amis ont quittés le confort de la ville de la Cité Souveraine de Nuln, ses lumières, ses théâtres, ses commerces ouverts toute la nuit, son immense richesse et sa grande pauvreté, sa cathédrale au beffroi interminable et sa bibliothèque sans fin, son palais, magique et biscornu, son Rín garden et son Cercle des Délices, son Vieil Orme, et ses quais affairés.

Car l’appel de l’aventure a retenti. Rattraper les séides du Chaos, avec à leur tête K-H. Warsmeier, le Seigneur des Lois félon de Middenheim. Des hommes en route pour l’antique cité naine de Khadar Khalizad. Dans l’est chaotique où tout a commencé, où les hordes surgirent pour envahir le Vieux Monde… Direction Hochsleben, donc, tout au bout du Reik, tout bout du monde. Et voilà donc notre équipée, Martin et Gisela Schneider, boulangers, Anna Hochburger, dramaturge débutante, des nains jeunes et des nains vieux, et des Templiers de Sigmar. Et la Chance du Graf.

Le Reik a la sortie de Nuln.PNG

Géographiquement, le Reik Supérieur est un long ruban bleu qui s’étend au sud-est de Nuln. Au nord là l’Averland, ses plaines, ses chevaux, au sud, la Wissenland, son blé, et ses marchands tiléens.  On y croise tout aussi bien la capitale d’un prince électeur que des tout petits villages où l’auberge relais semble être l’unique activité.

Mais commençons notre voyage. Au sortir de Nuln les champs de blé s’étendent à perte de vue, et profitent de l’hiver pour se reposer pour la récolte prochaine.

pont enneigé.jpg

On passe à Maselhof, endormie sous la neige, le temps de refaire le plein d’eau potable, et d’acheter quelques poulets. Le temps de constater aussi que les Patrouilleurs d’Elite du 11ème, dirigé par le Premier Vougier Heinkel Schlossmeier ne sont pas bien accueillis par les gamins de Maselhof…

Patrouilleur de Nuln.PNG

Heinkel Schlossmeier, du 11ème Schwarz und Weiss

Mais c’est déjà le temps de repartir pour Pfeildorf, la ville de la grande baronne Etelka Topenheimer…