Planet Arrakis

Jeux de rôle, jeux de plateau, prenez ce qui vous plait…

Le Maëlstrom

 

Je viens de lire le livre de Romaric Briand, podcasteur et auteur de jeu de rôles.  Etant un joueur « classique », je joue depuis 1980 principalement à D&D, fais donc plutôt partie de des gens qui ont développé le JDR en France que de ceux qui jouent à des jeux pointus, narrativistes, forgiens, etc. que promeut Romaric et sa Cellule.

Mais néanmoins je pense, comme Briand, que notre loisir mérite désormais de sortir de la vision « simple défouloir pour geek » et autres « on est juste là pour se marrer ». C’est comme si le football, le cinéma américain ou la BD, s’interdisaient de produire des réflexions intellectuelles. Dans le sens noble du terme, le jeu de rôle peut désormais – aussi – être regardé sous cet angle.

C’est ce qui m’a intéressé dans les thèses de Romaric Briand, et en voici donc un petit résumé.

 

Le simulacre

Je suis très attaché à la notion de simulacre, que je n’avais pas réussi à théoriser aussi précisément que dans le Maelström. Pour moi, on peut que jouer qu’une extension de soi-même en jeu de rôle. C’est aussi ce que dit Briand. Les joueurs qui jouent des femmes et les joueuses qui jouent des hommes aussi (même si on peut le faire le temps d’un one shot), ça ne marche pas. De même des joueurs bavards qui jouent des taiseux, c’est souvent ridicule. On comprend l’intention : le jeu de rôle étant sans limite, le joueur profite de cette liberté pour exprimer ses fantasmes, quels qu’ils soient. Mais ce ne sont que des fantasmes, qui, s’ils ont une réalité dans le subconscient du joueur, amènent du ridicule à la table. Soient parce qu’il créent une gêne : quand on demande par exemple à une joueuse hétérosexuelle de séduire avec son PJ de Guerrier, hétéro lui aussi, la patronne de la taverne, on crée une ambiguïté sexuelle qui peut être drôle et/ou sexy, mais qui nous fait un moment sortir de cette alter-réalité partagée qu’est le jeu de rôles… et on le sait, tout ce qui fait « décrocher » de cette autre réalité est néfaste à la partie…

La suppression des compétences intellectuelles

En lien avec ci-dessus, je suis toujours gêné par les jets de négociation, d’intelligence, etc. Si les joueurs ont bien interprété leurs personnages, pourquoi lancer un dé ? Certes, le jeu de rôle moderne a tendance à promouvoir cette approche « ne jetez les dés que quand vos personnages ont un risque de rater », mais dans ce cas, pourquoi garder ces compétences ? Elles incitent, joueurs et MJ, à faire ces jets.

Le « ghetto des passionnés » (l’hermétisme p144)

L’idée que les joueurs de JDR enferment eux-mêmes leur loisir en étant peu pédagogues, élitistes et passionnés est une idée qui m’est chère depuis longtemps. On retrouve ça ailleurs (joueurs de figurines Warhammer, golfeurs, turfistes, joueurs de poker, …), autre secteurs qui créent des niches absconses pour l’extérieur.

Jouer les règles

Même si je ne l’ai jamais pratiqué pas moi-même, j’aime son idée que pour tester un jeu, on devrait vraiment jouer la règle au moins une fois. Ne serait-ce que pour « obliger » les jeux à s’améliorer par une forme d’épuration progressive en ôtant ce qui ne sert à rien. Ou encore l’idée que les jeux devraient donner plus clairement le ton en fournissant un canon esthétique ; « voilà comment, dans notre esprit, on doit jouer à XXX ». D’ailleurs, de plus en plus de jeux proposent cette option.

System does matter (p254)

Même si ce n’est pas lui qui a développé cette idée, (c’est Ron Edwards, sur The Forge, traduction ici)  elle s’est imposée petit à petit. J’aime beaucoup l’exemple qu’il donne (p137) Un joueur à qui on donnerait seulement les règles de Vampire saurait-il jouer à Vampire ? Non, car le système, c’est à la fois le système de résolution (les règles) mais aussi l’ambiance, le canon esthétique, le scenario-type, etc.

Le mieux étant évidemment de lire le livre, et vous pourrez le trouver ici.

 

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2 commentaires»

  Greg wrote @

Bonjour !

Je suis surpris par certains a priori que vous vous faites des joueurs.
Dire qu’un joueur ne peut pas interprêter autre chose qu’un alter ego de lui-même ce serait dire que les acteurs de cinéma ne peuvent pas non plus. Le jeu du « rôle » n’est pas qu’au service du scenario mais aussi de l’ambiance. C’est une histoire de maturité. D’intelligence et de bon sens. Et dire que « ça ne marche pas » ou que c’est « souvent ridicule » est très catégorique.
Je joue au JDR depuis 30 ans, donc certes, ça doit aider. Mais, je suppose que vous avez surtout eu de mauvaises expériences.
Quant aux compétences intellectuelles… Les supprimer c’est risquer. Par contre ne s’en servir qu’en cas de besoin, effectivement. Toutefois n’oublions pas qu’un joueur peut très bien avoir un PJ qui a plus d’expérience que lui-même dans certaines compétences intellectuelles.
Exemple en diplomatie. Si votre joueur pense que laisser entrer dans une pièce son invité diplomatique est une forme de bien-séance, il risque de créer un incident quand, pour le PNJ invité c’est la personne la plus « importante » qui entre en dernier au sein de sa culture (cette différence existe vraiment dans notre vrai monde). Votre joueur peut très bien ignorer cette différence subtile, mais pas le PJ qui aura une compétence en Diplomatie non négligeable. Dans ce cas au MJ de préciser à son joueur cette subtilité s’il réussi un jet de Diplomatie (éventuellement).
Je précise que je ne critique pas pour critiquer sans avoir tester autrement. Je connais un peu le travail de Romaric. J’ai même jouer à Sens Hexa.
Merci néanmoins pour la tenue de votre site. C’est toujours intéressant de connaître les avis des autres.
Bon courage et bonne continuation.

Greg

  planetarrakis wrote @

Merci pour ton retour.

Pour ma part, je ne comparerais pas des acteurs à des joueurs qui improvisent. Un acteur dit un texte écrit par un scénariste (qui lui, a eu le temps d’y réfléchir) et il travaille surtout à son interprétation.

Quand je dis que ça ne marche pas, c’est qu’effectivement je suis un vieux joueur de jeux de rôles depuis 1980 et qui a – ce n’est peut-être pas ton cas – souvent jouer avec les mêmes joueurs. Pour moi le jeu (et c’est vraiment une conviction) c’est l’extension de soi-même (JDS ou JDR)… comme par hasard, à ma table, c’est le type honnête qui joue des personnages qui honnêtes et droits, et le coquin qui joue parfaitement les négociateurs retors. Je les vois très difficilement faire le contraire.

J’ai par ailleurs un joueur très bon roleplay qui joue à la fois des cowboys frustres et des lords anglais, mais dans le fond, il joue le même truc, c’est-à-dire un gars sûr de lui et qui avance. Il ne jouera jamais un gars timide et torturé, même à Vampire. J’ai aussi des joueuses très féministes qui insistent toujours pour jouer des hommes avec leurs clichés ; ça fait rire toute la table. C’est drôle mais en même temps on perd cette suspension d’incrédulité qui fait le sel du JDR.

Quant aux compétences je suis assez d’accord avec toi sur les jets de Diplomatie ou d’Etiquette car effectivement le joueur ne sait peut-être pas, mais le personnage doit obligatoirement le savoir. Mais dans ce cas-là je fais toujours des jets liés, par exemple à l’Intelligence ou la Sagesse. Mais je ne comprends pas l’intérêt de faire jouer la négociation à un joueur qui te sort le discours qui tue et qui rate ensuite bêtement son jet même avec le bonus de + 5 que je lui ai mis. Et dans l’autre sens, ne pas jouer de négos mais les régler directement aux dés, c’est carrément nier le principe du jeu de rôle. Comment utilises-tu ces compétences à ta table ?


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