Planet Arrakis

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Lamont&Polignac, le récit : Episode 1

22 décembre

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Fichu hiver 61. Voilà des semaines qu’il neige tous les jours sur ces maudits Monts d’Auvergne. Il me semble déjà avoir oublié qu’ils étaient verts, après l’Assomption, quand je suis arrivé au service de Monsieur de Lamont.

Ce n’est pas tant que je les regrette, ces volcans, c’est plutôt la chaleur de la ville qui me manque. Le parfum des femmes. Le vin à volonté. Il y a bien Clermont, mais trois journées de marche – si tant est qu’on me les eut données – pour boire dans une échoppe, c’est beaucoup.

Si seulement j’étais submergé de travail, mais ce n’est pas le cas ! Voilà six mois que je suis le précepteur attitré de Gauthier de Lamont. Et en ces six longs mois, je ne suis pas sûr qu’il ait ouvert un seul des livres que je lui ai recommandés.

J’espère que ce journal ne sera pas ouvert par Monsieur de Lamont car j’affirme ceci : son fils est un butor, un vilain chasseur et un coureur de gueuse, qui mène le domaine à sa perte. Mais Gauthier est l’aîné des Lamont, son père l’aime, et surtout, cela ne me regarde pas.

J’aurais préféré, tiens, donner quelques cours de grec à son jeune frère Adrien. Un garçon impressionnant de taille comme d’esprit – mens sana in corpore sano -, aussi membru que je suis anémique, aussi viril et rapide que je suis empesé. Voilà seulement quelques jours que nous nous connaissons, et pourtant je le préfère à son frère, que je fréquente depuis août.

Enfin fréquenter est un bien grand mot, car Gauthier n’est jamais là. Aujourd’hui encore, Monsieur a envoyé Adrien à sa recherche, et tiens, d’ailleurs, le voilà qui rentre… La poche vide. Point de Gautier.

Je lui offre un verre de vin chaud pour sa peine, quand il m’assomme avec une soudaine révélation :

– « Gautier est en terrain de tuer mon père, Polignac ! Mon père se meurt, ne le voyez vous point ??!! »

Il est vrai que Monsieur est souvent alité ces temps ci, mais par ce climat, à vrai dire…

J’ai à peine le temps de retourner ces pensées dans mon esprit, chercher quelque explication médicale dans mes cours de chirurgie de la bonne faculté d’Orléans, que voilà le Léon, rougeaud et sale, qui frappe à la porte. « Monsieur vous demande », dit-il à Adrien. « J’ai peur que ce ne soit très grave », ajoute-t-il, ôtant son couvre-chef.

Ces paysans, je les connais comme ma poche, de la Beauce ou du Cantal, ce sont les mêmes, ils voient le destin jaillir à chaque coin du champ de blé. Mais là, un étrange pressentiment me serre le cœur  Nous bondissons à l’étage, ou Monsieur est au lit. Au passage, nous croisons Annette, la fille de la maison, un bassin plein de morve et de sang. Je me signe comme dans un réflexe, car mon âme a compris ce que mon cerveau nous voulait point voir.

– « Ah mon Adrien, dit le vieil homme, te voilà ! Et vous Polignac, approchez ! Mon fils, il est temps de se dire les choses importantes. J’ai eu une belle vie, et mes jours sont désormais comptés. Je ne regrette rien, vraiment. Tu le sais, le domaine reviendra à ton frère. Mais j’ai une dernière action, de la plus haute importance, à te confier. J’ai mes livres, en bas, dans la bibliothèque. Je veux que tu en donnes un à Polignac, et les autres, je veux que tu les donnes à ton parrain, de la Cassière. »

Le fils, courroucé mais pourtant ferme comme je ne l’ai pas encore vu, tente une pique.

– « Ces livres, mon père ne reviennent-ils pas de droit à Gauthier? »

A l’idée que le Butor s’empare de Virgile, des Nuées d’Aristophane, Les Catilinaires de Cicéron et Les Saturnales de Macrobe, ainsi que de la Sainte Bible de Nuremberg, provoque un irrépressible hoquet. Ignorant toute convenance, je ne peux m’empêcher d’éclater d’un rire nerveux.

Mais non. Lamont insiste. « Non, c’est à ton parrain que je te demande de les porter, c’est la dernière chose que tu feras pour moi. » Puis Francois de Lamont, d’un geste las, nous congédie.

Nous échangeons un regard, Adrien et moi, renonçant à nous expliquer de vive voix sur ces mystérieuses dernières volontés, et plongeons dans nos pensées. Silencieux, je jette un regard à travers la fenêtre. Le domaine des Lamont est toujours là, recouvert d’un épais manteau blanc qui semble prêt  à l’engloutir.

Et brusquement, la neige cesse de tomber.

—™

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